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L’ETAT DE FIBROMYALGIE ou de « POLYALGIES »

L’ETAT DE FIBROMYALGIE ou de « POLYALGIES »
C’est un état de polyalgies chroniques, non déformant, caractérisé par des douleurs musculaires et/ou tendineuses, localisées d’abord, généralisées ensuite (sensibilisation aux douleurs), chroniques, mais qu’on sait prendre en charge. Quelle en serait la cause ? On ne le sait pas parfaitement encore mais, comme dans d’autres domaines tel l’asthme, le diabète…il existe un terrain favorisant.

L’état de fibromyalgie est peu invalidant selon les critères actuels de leur reconnaissance, n’entraîne pas de déformations et enfin, on ne meurt pas à cause d’un état de fibromyalgie. Il n’en reste pas moins que c’est un problème sérieux qu’il faut apprendre à gérer sans dramatiser. Il associe à la fois des douleurs, des troubles du système nerveux autonome, des troubles psychiques anxio-dépressifs, des troubles du sommeil et une grande fatigue.
Il existe énormément de sites d’information abordant cet état ; il faut rester prudent sur ce qu’ils proposent, tant au niveau des informations que des solutions données. Il s’agit d’un problème médical que seul un médecin pourra aider à résoudre. On sait tous qu’ « un train peut en cacher un autre » et il est très important de faire confiance au médecin, à son examen clinique et à sa prise en charge.

On peut définir cet état lorsqu’il existe des douleurs diffuses évoluant depuis plus de trois mois, associées à des douleurs ressenties à la pression sur un certain nombre de points caractéristiques de part et d’autre de la ceinture et des deux côtés du corps. Le nombre des points douloureux n’est pas essentiel. Certains signes, communs à d’autres maladies, impliquent de consulter un médecin afin d’éliminer un autre diagnostic. C’est souvent au terme d’un certain nomadisme médical auprès de nombreux spécialistes que le diagnostic sera posé.
L’état de fibromyalgie touche principalement les femmes mais également les hommes, voire même les enfants, il est aussi répandu que certains rhumatismes articulaires.

UN ENSEMBLE DE SYMPTÔMES
- La douleur possède deux expressions : douleurs localisées (zones gâchettes) qui, mal soignées, évoluent vers des douleurs généralisées (sensibilisation à la douleur) avec : douleurs à la pression, brûlures, sensations de froid douloureuse, décharges électriques, fourmillements, picotements, engourdissements, démangeaisons, courbatures, dans les parties du corps les plus sollicitées, pouvant être suffisamment fortes pour entraver les tâches quotidiennes.
- Les douleurs temporo-mandibulaires, les céphalées de tension et autres maux de tête sont fréquents et ne doivent pas être étiquetés de migraine.
- Les signes évoquant le dysfonctionnement du système nerveux autonome (tachycardie, palpitations, hypersudation, bouche sèche, sensation de constriction, vertiges positionnels, troubles digestifs à type de colopathie fonctionnelle : diarrhées, constipation, nausées, ballonnements, troubles de la mémoire, avec difficultés de concentration) sont constants en cas de douleurs chroniques.
- Les troubles du sommeil (sommeil non réparateur, nombreuses phases d’éveil, mouvements périodiques et/ou syndrome de jambes sans repos) sont un des éléments déterminant la fatigue.
- La fatigue, de la simple lassitude à l’épuisement, en passant par des « coups de barre », est un des symptômes les plus difficiles à gérer du fait de sa chronicité.
- La souffrance de certains nerfs périphériques dans leurs canaux (canal carpien, syndrome de Morton), mais également sans cause mécanique avérée, est fréquente.
- La symptomatologie anxio-dépressive est quasi constante.
- Sensibilité aux changements météorologiques, à la fumée, au froid, au stress, bien que non spécifique, est souvent rapportée.

DIAGNOSTIC CLINIQUE
Il n’existe pas à l’heure actuelle d’éléments permettant d’affirmer le diagnostic de l’état de fibromyalgie. Il n’en reste pas moins que des examens cliniques restent indispensables pour éliminer une autre pathologie. Cependant, des recherches sur une hypothèse auto-immunitaire et sur les lésions musculaires sont en cours.

QUELLES SONT LES CAUSES ?
Si la cause réelle de l’état de fibromyalgie n’a pas encore été déterminée, un des mécanismes serait un excès de perception et de transmission de la douleur. Il s’agirait d’un dysfonctionnement au niveau du système nerveux central.
Chez la grande majorité des patients, il est possible d’identifier des facteurs déclenchants. Ils ont souvent pour origine des évènements ou accidents (perte d’un proche, drames divers) qui, d’une manière générale, ont modifié brutalement et sans préparation le cours de la vie. On peut distinguer :
- le stress lié à l’excès de travail, à la concurrence, à la compétition,
- le harcèlement sous ses différentes formes : moral, sexuel ; dans le travail, dans la relation à l’autre (la critique systématique),
- la peur liée à la lutte pour la vie, la perte des valeurs, la démotivation,
- l’irruption d’un traumatisme physique (chute, acte chirurgical, agression),
- les répercussions émotionnelles d’un traumatisme (divorce, décès d’un proche) dont l’origine peut être ancienne (viol, notamment dans l’enfance),
- les foyers infectieux, les troubles endocriniens.
Ces évènements, lorsqu’ils surviennent sur un type de personnalité particulier restant à découvrir, peuvent évoluer vers un état de fibromyalgie (notion de terrain).

LES TRAITEMENTS
La réinsertion socio-professionnelle est primordiale. Le modèle bio-psycho-social est le plus approprié.
Le traitement de cet état est fonction de la personne, de son ressenti des douleurs, et de l’évaluation permanente de celles-ci. Aucun traitement médical prescrit n’est à l’origine de dépendance.
La fatigue est un important signe dans plusieurs maladies et seul un médecin peut en chercher la cause.

Les zones gâchettes constituent une épine irritative à l’origine de la pérennisation des douleurs. Il faut mettre tout en œuvre par des traitements locaux (infiltration d’anesthésiques locaux), de façon parfois répétée, afin de casser le cercle infernal de la douleur. Ceci n’empêche pas un traitement des douleurs généralisées à adapter en fonction des évaluations et de la prise en charge de l’anxiété, voire de la dépression (souvent réactionnelle à la douleur). Le système nerveux autonome doit être rééquilibré par une prise en charge adaptée : de la rééducation à la réadaptation à l’effort. Des protocoles existent.

Il faut convaincre le patient de l’importance d’un suivi régulier en respectant le modèle bio-psycho-social, c’est-à-dire respectant son environ affectif, professionnel et sa personnalité.
Il est important de mettre en œuvre une éducation du patient à se soigner.
Les thérapies les plus constamment mises en œuvre sont aussi des méthodes de kinésithérapie appropriées (certes à visée antalgiques mais dans un but de réadaptation à l’effort), de sophrologie, de relaxation, d’hypnose, d’art-thérapie…

Le nomadisme médical nuit à l’accomplissement du contrat thérapeutique : l’observance des traitements est fondamentale.
La prise en charge pluridisciplinaire des patients dans certains services hospitaliers, centres de la douleur chronique, a pour avantage de regrouper en une unité de lieu les différentes modalités de la prise en charge.

COMMENT VIVRE AVEC ?
Pour répondre à cette question, on peut faire un parallèle avec l’asthme ou le diabète. Il s’agit d’une pathologie chronique qui nécessite une acceptation du diagnostic, une éducation permettant de se connaître mieux afin d’avoir les réponses adaptées aux demandes de son corps. La différence essentielle avec les diagnostics évoqués, c’est que l’état de fibromyalgie est un état curable, car bien que chronique, il n’est pas synonyme d’incurabilité.
L’éducation du fibromyalgique passe par la reconnaissance des différents types de douleurs, des thérapeutiques adaptées, de l’importance de la prise en charge psychologique (acquisition de techniques de gestion mentale du stress, des émotions, des évènements de vie).
L’entourage doit également être informé. De sa compréhension dépend la bonne évolution de l’état du fibromyalgique.
Le patient doit comprendre qu’il faut en finir avec la recherche du traitement miracle. Il lui évitera d’une part le nomadisme médical et d’autre part de ne pas se disperser
Le seul traitement miracle est d’apprendre à communiquer avec l’équipe et d’apprendre à se rendre autonome par rapport à son état de santé.

Pr P.LeGoff, Dr N. Mimassi, Dr D. Baron.

Contacts :

legoff.paul@wanadoo.fr
nagi.mimassi@univ-brest.fr
dbaron@ch-lannion.fr

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